Bercy Madeleine

Pierre Perret

Bercy Madeleine

Bercy Madeleine

Pierre PERRET indique dans sa biographie que pour préparer Bercy Madeleine, il s’est mis à "l’isolement total, travaillant avec ténacité de sept à vingt-et-une heures et marquant à peine quelques pauses, sans même faire la cuisine, lui qui pourtant adule la bonne chère" ?
C’est un exercice de style visant à utiliser un maximum de noms de stations de métro parisiennes pour bâtir le texte.
"La petite kurde" est également bien plus intéressant. Au-delà de sa connexion avec l’actualité de l’époque (la guerre du Golfe s’est déroulée deux ans plus tôt), on y retrouve la facette "tendresse" du Pierrot qui reprend par moment l’esprit du Mourir pour des idées (Fernande, 1972) de Georges BRASSENS. Une proximité que l’on peut retrouver avec "On est toujours le con de quelqu'un". Avec "Le Trophée" Pierre PERRET nous surprend agréablement. Ce titre, au rythme soutenu et alerte, aborde un thème original pour lui. Sous couvert d’un discours de remerciement d’un acteur récompensé à l’occasion d’un festival quelconque, il nous pond un texte plein d’humour. La musique, qui mêle habilement une ligne de clavier basique et des interventions d’un piano et d’une section de violons, nous mène également dans des contrées qu’il n’avait pas encore exploré.
"Ils s’aimaient" montre aussi une évolution dans le propos de Pierre PERRET. En effet, on ne retrouve pas dans ce tableau désespéré de la misère humaine, sa tendresse habituelle. On est là plus dans le constat attristé, bien que teinté d’humour, et froid. Une sorte de constatation clinique dépourvue de son empathie habituelle. Ce qui est assez surprenant, mais pas du tout rédhibitoire. Avec la "Réforme de l’orthographe", se montre à nouveau en prise avec l’actualité. Deux années plus tôt, le Conseil Supérieur de la Langue Française avait validé des rectifications / modernisations de l’orthographe qui avait entraîné un large débat entre les tenants d’une simplification de la langue écrite et ceux qui se posaient comme protecteurs de la richesse du français. En grand amateur de la littérature et en fervent utilisateur de ses particularités, rien ne laissait présager de la position de Pierre PERRET sur le sujet. Avec humour et dérision, il adopte le parti pris de l’ouverture d’esprit en raillant gentiment les têtes trop tournées vers le passé.
Un autre moment du fort de cet album se trouve dans le savoureux "Ah l'amour l'amour", dans lequel le Pierrot renoue avec ses textes truculents et coquins. Il trouve là l’occasion de nous faire une démonstration de ses talents. Au final, si on ne renoue pas totalement avec la grâce et la magie qui habitaient les fantastiques Mon p’tit loup (1979) et Comment c’est la Chine (1983), ce Bercy Madeleine reste un disque très correct qui contient de bons titres. Et bien que l’orchestration et les arrangements de Romain DIDIER peinent encore à rivaliser avec la richesse de ceux de Bernard Gérard, on constate une nette amélioration par rapport au disque précédent.
Un album sérieux donc, si tant est que cet adjectif sied au Pierrot, dont il est à noter que c’est le premier album où il n’est pas en photo sur la pochette. Celle-ci n’est en effet pas une photo de sa trogne, mais un portrait du chanteur réalisé par le peintre Paul Aizpiri, décédé depuis.

Source : Nestor – Forces Parallèles / Nightfall

Date de sortie
20/10/2023

Référence du disque
ADEL31

N° de code barre
3760063732016

cd 12

Album numérique 12 titres

Existe en version numérique uniquement

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